Commentaires de Louis-Edmond Hamelin sur son parcours en environnement, identifiant quelques influences qui vont devenir convergentes.
L'une, d'expérience, concerne ma naissance (1923) et adolescence sur une ferme d'un rang de rivière qui aboutait à la Maskinongé. Les sols étant médiocres sans correction chimique, on devait savoir écouter et aimer les champs, les pentes, les rives, les demi-saisons, la forêt d'abattage, l'érablière, la hêtraie pour les faînes, les pacages, les espaces pour petits fruits, les sites de pêche...afin d'avoir assez de revenus et ceux-ci, diversifiés. Nature et homme vivaient en proximité.
Au plan des connaissances, des événements déclencheurs furent les conférences de Marie Victorin et de Jacques Rousseau de Radio-Collège vers 1942-1944 alors que je participais à Joliette à un Cercle des jeunes naturalistes; au cours de l'été 1947, j'écoutais les commentaires des excursions botaniques de Pierre Dansereau dans les Cantons-de-l'Est.
Étant donné que j'avais de l'intérêt à l'endroit de la surface du sol, après mon baccalauréat classique (Université de Montréal, juin 1945), je voudrai faire des études en géographie et, particulièrement en géomorphologie et en géomorphologie du Quaternaire. Plus tard, durant dix à quinze ans, ces études deviendront l'une des bases scientifiques de ma conception de l'écologie.
Mais alors aucune université québécoise n'avait de département de géographie. Afin d'attendre, j'ai préparé une maîtrise en économique avec thèse à l'Université Laval (1948) ayant la chance de profiter du milieu intellectuel stimulant qui gravitait autour du doyen, le père Georges-Henri Lévesque. Indirectement, j'y apprendrai que l'environnement n'aurait pas qu'une « base naturelle »; depuis, mon parcours suivra un horizon géo-humain; ainsi, je ne m'intéresserai pas seulement au caribou mais à l'homme du caribou.
Un autre paramètre fondamental viendra du Nord que je découvre à l'Université McGill au cours de l'été 1947 lors des conférences de l'explorateur d'origine islandaise, W. Stefansson. L'année suivante, un premier voyage en canot dans la Jamésie me fait rejoindre les Cris. Les façons non-autochtones de faire du Nord et de l'autochtonisme me révoltent et, cela, autant que la peinture ancienne a pu le faire chez les signataires du Refus global dans la vallée du Saint-Laurent (par coïncidence, il s'agissait de la même année mais pas des mêmes latitudes et inquiétudes). Au cours de la décennie 1950, après la suggestion à l'effet que le sens du mot nordique ne se limite pas à l'espace finno-scandinave mais qu'il s'ouvre à l'ensemble de la zone froide, va se développer le concept de nordicité; ce dernier s'intéresse à l'essentiel et à l'âme des choses des hautes latitudes; dans ce domaine quasi nouveau, l'objectif fondamental sera de penser et de faire les choses autrement, comme suivant la démarche des environnementalistes. Ces efforts conduiront, après bien de petits travaux mais avant la Convention du Nord québécois, à ma thèse de doctorat d'État présentée à la Sorbonne et intitulée Nordicité. À l'intérieur du projet nordiciste, le monde autochtone deviendra un domaine privilégié.
Pour revenir aux situations d'origine, ici en 1952 lors du centenaire de l'Université Laval, j'assiste, en tant que jeune professeur de géographie, au colloque de la foresterie consacré à la conservation surtout des sols et des forêts; les idées exprimées dans les actes publiés donnent la mesure épistémologique du temps.
Après 1970, les institutions d'environnement apparaissent. On m'a invité en tant que géographe et nordiste à faire partie de divers premiers bureaux. Les voici avec la date de nomination; chaque tenure a duré de trois à huit ans.
1971. Comité d'écologie, Council (Assemblée législative) des Territoires-du-Nord-Ouest à Yellowknife.
1972. Conseil d'environnement du Canada, Ottawa.
1972. Commission des biens culturels, Québec.
1975. Conseil des réserves écologiques, Québec.
1982. International Review Board, Environments, Waterloo.
1984. Comité consultatif de l'environnement de la Convention (aire crie).
1991. Comité d'environnement d'Hydro-Québec.
Ainsi, durant vingt ans environ et au travers de ces groupes et d'autres, j'ai été témoin de l'organisation et de l'avancement de la cause.
Mon idéologie de base demeure toujours une conception globale géo-humaine cherchant l'avancement optimal des choses, des êtres et des sociétés suivant les concepts de non-dualité et d'association. Je privilégie l'arène où les choses se décident et peuvent s'améliorer; cet espace d'intérêt concernant spécifiquement le type de structures politiques déborde les opérations environnementales usuelles. En particulier, en ce qui concerne les relations autochtones/non-autochtones, j'ai développé le concept de l'Until Policy autochtones ou de l'Entente préalable (Yellowknife, 1973-74), principe suivant lequel le développement économique des non-Autochtones ne pourrait arriver qu'après une solution convenable aux revendications territoriales autochtones. Une telle démarche s'appliquerait bien au Moyen Nord du Québec.
En cours de route, j'ai profité de l'expérience de nombreux spécialistes mieux engagés que moi-même dans des champs exclusivement environnementaux. Ce parcours m'a fait rejoindre l'organisme bien connu, Nature Québec.
Bien à vous,
Louis-Edmond Hamelin, professeur émérite de géographie, Université Laval, Québec