Dernières publications

Lettre d'opinion - TOUJOURS DES POINTS CHAUDS EN FORÊT PUBLIQUE

 

TOUJOURS DES POINTS CHAUDS EN FORÊT PUBLIQUE

RARD SZARAZ , Bénévole Nature Québec et ex-forestier en chef

 

Il y a huit ans, les parlementaires québécois votaient à l'unanimité une loi instituant un nouveau régime

forestier. Celui-ci vise à assurer une foresterie proche de la nature qui prend en compte, de manière

participative, l'ensemble des ressources du milieu forestier.

 

Depuis, des progrès ont été réalisés à maints égards mais des points chauds subsistent. En cette

période électorale, il apparaît important d’interpeller les leaders politiques sur ces enjeux.

Protection du caribou, aires protégées et maintien des emplois. 

 

Ainsi, la protection du caribou forestier et le parachèvement du réseau d'aires protégées, conjugué au

maintien des emplois et de l'activité économique des communautés forestières, sont des enjeux de

premier ordre. La résolution à court terme des problématiques engendrées est essentielle à

l'acceptation et à la bonne marche du régime forestier. Il y va de notre capacité d'exporter nos produits

sur les marchés. Il ne faut plus opposer économie et environnement. La recherche de compromis sur

ces questions et le leadership des autorités sont des facteurs clés de succès dans la gestion

responsable de la forêt publique.


La forêt, plus qu'un tas de bois

Aussi, l'harmonisation des usages entre le bois et les autres ressources, tels la faune, les paysages,

l'eau ou les produits de l'érable, est un enjeu de participation locale concernant, entre autres aspects,

l'utilisation du territoire, les modalités de récolte forestière et le partage du réseau routier dans des

rapports de force souvent inégaux entre les protagonistes.

Pour les tables locales de gestion intégrée des ressources et du territoire - outil privilégié pour la mise

en oeuvre de la gestion intégrée -, les capacités demeurent limitées et variables entre les participants.

Les résultats concrets de la prise en compte des objectifs locaux dans la planification restent à

démontrer. À cet égard, l'abolition des conférences régionales des élus en 2014 n'a pas été un facteur

facilitant.

Les Premières nations et la participation à tous les niveaux

La participation des Premières nations s'avère incontournable. Il existe peu d'information pour

apprécier les enjeux et le degré de satisfaction à l'égard du processus de consultation. Il importe

cependant d'assurer un niveau adéquat de consultation pour permettre un consentement préalable,

libre et éclairé.

 

De façon générale, les mécanismes de la participation (information, consultation, concertation,

cogestion), sont à améliorer. Ces points chauds sont critiques à court terme. Il en va de l'acceptation

sociale des projets forestiers.

Exploiter sans dénaturer la forêt du nord et du sud

Au plan des pratiques forestières, le maintien de la naturalité des forêts (même celles sous culture

intensive) et de leur capacité d'adaptation est essentiel particulièrement en raison des incertitudes

portées par les changements climatiques. Il faudrait éviter de revenir à des pratiques négatives pour

l'environnement dans la production de bois comme l'utilisation d'herbicides ou de fertilisants chimiques.

Ceci devrait être réalisé tout en relevant le défi de produire du bois qui possède les caractéristiques

recherchées, à un coût concurrentiel et sur la base d'investissements rentables.

Au fil des ans, la proportion relative des arbres et des peuplements forestiers jugés moins intéressants

est en croissance notamment en raison de l'écrémage de feuillus nobles (érable, merisier, etc.) et de

peuplements résineux convoités. Ceci amène des difficultés additionnelles pour établir la faisabilité des

opérations. Il faudrait arriver à produire mieux avant de produire plus.

 

Cette situation est inquiétante pour la forêt feuillue méridionale. Pourtant, en plus du maintien de la

biodiversité, une forêt méridionale de qualité contient du bois de grande valeur et pourrait représenter

un levier économique pour plusieurs régions du Québec.

 

Finalement, la bonne gestion de la forêt publique demande une bonne compréhension des enjeux par

nos futurs dirigeants. On devra s’adapter aux changements, penser davantage en terme de territoire

que de seule production de bois.

 

Là comme ailleurs on ne doit pas opposer de façon simpliste ou populiste la création d’emplois en

région avec la protection du caribou ou la reconnaissance des droits autochtones. Les leaders

politiques de tous les partis doivent faire preuve de vision et à éviter les raccourcis faciles, raccourcis

qui s’avèrent souvent être le plus long et le plus hasardeux des chemins.

21 août 2016

 

870, avenue De Salaberry
Bureau 207
Québec (Québec) G1R 2T9
Carte google

418 648-2104

 

418 648-0991

 
Je fais un don