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Les mines
1. Portrait naturel et principales
problématiques
2. Impacts des activités humaines sur la biodiversité, les
espèces et les écosystèmes
3. Impacts sur la santé et la qualité de vie des populations
humaines
4. Performance des moyens d'action en regard du développement
durable
5. Principaux constats
1. Principales problématiques
La superficie du territoire québécois occupée par l'industrie minière est de 36 000
hectares (Association minière du Québec, 1991). En excluant les produits pétroliers, le
Québec est en fait le deuxième producteur de minéraux en importance au Canada (Bureau
de la statistique du Québec, 1995). Les sites des activités minières se retrouvent
principalement au sud du 50ème parallèle, notamment dans les régions de
l'AbitibiTémiscamingue (70% des mines du Québec), la CôteNord et la Montérégie
(Gouvernement du Québec, 1992). Quant au nord du 50ème parallèle, l'industrie minière
est aussi fortement implantée (Bureau de la statistique du Québec, 1995).
Qu'il s'agisse de l'extraction, du concassage ou de la purification, ces diverses
étapes d'exploitation exigent l'utilisation de réactifs chimiques. Il peut s'agir
d'explosifs, d'huiles, de lubrifiants, de cyanure, de kérosène, d'acide sulfurique,
d'agents de flottation organiques et de charbon activé. Des réactifs résiduaires ainsi
que des métaux peuvent se retrouver dans les eaux d'exhaure (lesquelles peuvent s'avérer
très acides) et dans les effluents liquides du concassage. Les derniers progrès
technologiques ont considérablement accrû la sécurité des modes de production. En
effet, la plupart des mines modernes fonctionnent désormais le plus possible en système
clos (Gouvernement du Canada, 1991). Les déchets sont traités et stockés sur le site;
les effluents sont rejetés dans l'environnement après avoir été traités chimiquement
et/ou physiquement (Association minière du Québec, 1991). Quant aux mines n'offrant pas
de traitement pour les eaux usées, les effluents bruts ne sont rejetés que si les
précipitations excèdent le taux d'évaporation ou en cas de fuite ou de déversements
(Gouvernement du Canada, 1991).
En plus de modifier radicalement le paysage, l'exploitation minière entraîne la
production de rejets solides. En effet, 55 millions de tonnes de stériles (gros cailloux
concassés) et 45 millions de tonnes d'une poudre de pierre riche en sulfures métalliques
sont générées annuellement (Association minière du Québec, 1991). Le matériel de
déblai, les stériles, est entreposé dans des haldes (environ 2769 ha minimum)
(Association minière du Québec, 1991). Quant aux résidus miniers, ils sont entreposés
dans des parcs actifs couvrant 4330 hectares (Association minière du Québec, 1991). Il
existe trois catégories de parcs à résidus selon le degré d'acidité de leurs eaux de
drainage : acide, basique et neutre (Lauzon, 1994).
La plupart des résidus miniers contiennent des particules de métaux et de 13 à 50%
de minéraux sulfurés qui réagissent biologiquement et chimiquement en présence
d'oxygène, d'humidité et de bactéries. Les minéraux les plus réactifs, comme la
pyrite, déclenchent l'oxydation d'autres minéraux. Ces réactions en chaîne produisent
de l'acide sulfurique, lequel dissout les métaux présents dans les stériles et les
résidus miniers. A un pH entre 2 et 4, l'activité bactérienne augmente de 20 à 100
fois la vitesse de ces réactions chimiques (Gouvernement du Canada, 1991). Le problème
environnemental majeur du secteur minier est l'écoulement acide des aires de stockage
tant dans les mines actives que les mines abandonnées (Gouvernement du Canada, 1991).
La superficie totale du territoire québécois occupé par des parcs à résidus
miniers, actifs comme inactifs, est d'environ 8000 hectares (Association minière du
Québec, 1991). En 1991, il y avait alors 144 parcs (Gouvernement du Québec, 1992). Il y
a 70% des parcs à résidus miniers qui se trouvent en Abitibi, ce qui en fait la région
la plus contaminée du Québec, bien plus que le corridor industriel MontréalTracy
(Francoeur, 1993).
Le laxisme des compagnies et du gouvernement jusque vers 1975 a laissé en héritage 74
parcs à résidus «orphelins» en AbitibiTémiscamingue (Gouvernement du Québec,
1992), c'estàdire dont les propriétaires corporatifs n'existent plus et dont
l'industrie refuse la responsabilité. La plupart de ces parcs sont acidogènes. Environ
10% de ces parcs ont fait l'objet de travaux de restauration (Gouvernement du Québec,
1992). Le ministère des Ressources naturelles considère 5 de ces parcs comme hautement
problématiques et acidogènes. On évalue entre 35 et 50 millions de dollars le coût des
restaurations minimales urgentes (Marcotte et Marcoux, 1993). Selon Marcotte (1993),
aucune des méthodes pour neutraliser l'écoulement de ces déchets et pour réduire la
production d'acides n'offre de solution permanente et sûre. Elles sont de plus très
onéreuses.
Les polluants atmosphériques émis par l'industrie minière (oxyde d'azote, dioxyde de
soufre, métaux vaporisés, particules, composés organiques volatils) par ses fonderies
et ses hautsfourneaux peuvent être déposés localement ou transportés sur de grandes
distances. Par exemple, les rejets atmosphériques altèrent la qualité de l'air à
RouynNoranda et ce, dans un large rayon, en plus de participer au phénomène des
précipitations acides (Gouvernement du Québec, 1992).
Quant à la pollution occasionnée par les carrières et les sablières, elle consiste
essentiellement à des émissions de particules dans l'air et dans l'eau, à des
vibrations lors du dynamitage et au bruit engendré par les véhicules lourds. Quand il
s'agit d'exploitations d'envergure, il peut survenir de sérieux problèmes ponctuels
incommodant les personnes vivant près de ces secteurs (Gouvernement du Québec, 1992). De
plus, ces activités peuvent compromettre l'utilisation future de ces terres (Gouvernement
du Québec, 1992). On évalue le nombre de trous de mines et de carrières abandonnées à
1000, et à 10 000 celui des sablières actives ou abandonnées (Charbonneau, 1990). Une
conséquence indirecte des carrières abandonnées est leur utilisation à titre de
dépotoirs illicites, surtout en milieu forestier (Conseil régional de l'Environnement du
Saguenay/Lac SaintJean, 1988).
2. Impacts des activités humaines sur la biodiversité, les espèces et les
écosystèmes ![[menu]](../../pictos/monterp.jpg)
La grande majorité des activités minières ont essentiellement lieu en milieu
forestier et quelquesunes sont localisées dans des secteurs agroforestiers (Association
minière du Québec, 1991). Le développement d'une nouvelle mine implique plusieurs
travaux perturbant sérieusement le milieu forestier ainsi que les diverses populations
animales et végétales : la construction de routes et de bâtiments, le creusage de puits
et la destruction de la couche végétale du sol. Les impacts de ces travaux sur les
écosystèmes et leurs composantes peuvent durer très longtemps, voire devenir permanents
(Gouvernement du Canada, 1991).
La plupart des polluants miniers sont nocifs pour la faune et la flore des milieux
terrestres et aquatiques. En effet, les lixiviats acides provenant des stériles (ceux
ayant des minéraux sulfureux) et des résidus miniers provoquent une détérioration ou
une destruction des milieux aquatiques, comme en font foi les nombreux lacs et rivières
abiotiques, aux rives jaunies ou rouillées, des régions minières. L'acidification des
lacs serait notamment responsable de la disparition de plusieurs populations de poissons.
Dans les cas où le milieu peut encore tamponner l'acidité, les métaux lourds peuvent
causer des effets néfastes sur les fonctions physiologiques des organismes et s'accumuler
dans leurs tissus ainsi que s'infiltrer dans la chaîne alimentaire (Gouvernement du
Québec, 1992). Les effets des contaminants émis par le secteur minier ont amplement
été documentés par une étude exhaustive du Bureau d'étude des substances toxiques
(BEST) au début des années 1980.
En Abitibi, en raison de la mauvaise qualité des eaux de ruissellement et dans
certains cas des déversements volontaires de résidus sur de longues périodes, une
partie importante du réseau hydrographique demeure fortement perturbée. On n'a jamais
risqué aucune évaluation du coût réel de décontamination des lacs et rivières qu'il
faudrait vraisemblablement décaper pour en extraire les boues acides.
3. Impacts sur la santé et la qualité de vie des populations humaines
L'extraction et la transformation des métaux est une activité économique très
importante au Québec. Des régions entières y doivent leur subsistance. Leurs impacts
sur la santé sont cependant à l'échelle de leur importance.
Le principal groupecible de ces impacts est évidemment les mineurs euxmêmes. Les
maladies affectant ou ayant affecté les mineurs québécois sont la silicose et
l'amiantose, lesquelles ont été reliées directement aux activités professionnelles,
ainsi que les cancers du poumon causés par l'amiante, l'arsenic, le radon, le chrome, le
nickel, le cadmium, probablement aussi par le béryllium, le cadmium et la silice, et
peutêtre par le plomb, la laine de verre ou de roche, le cobalt et le méthylmercure
(Centre international de la recherche sur le cancer, 1987). De plus, une exposition au
dioxyde de soufre, aux poussières et aux oxydes d'azote peut exacerber des maladies
pulmonaires déjà présentes chez des personnes atteintes par exemple d'asthme ou de
maladies cardiopulmonaires (Gosselin et al., 1986).
La population humaine vivant à proximité des opérations minières peut également
être atteinte de ces maladies. En effet, les résidents des villes situées près des
mines peuvent être exposés à des poussières et d'autres matières transportées par
l'érosion éolienne des haldes de stériles et des parcs à résidus miniers. Ces
matières particulaires aéroportées peuvent s'avérer une nuisance et avoir des effets
potentiellement néfastes pour la santé selon la composition des résidus et les
méthodes d'atténuation employées. Il en est de même lors du transport et du
transbordement notamment de minerais, de stériles ou d'additifs. Ainsi, le rejet de
poussières peut nuire aux travailleurs comme aux personnes habitant à proximité de la
mine (Gouvernement du Canada, 1991).
En 1988, une étude du Conseil régional de la santé et des services sociaux (CRSSS)
d'AbitibiTémiscamingue établissait que les principaux risques environnementaux pour la
santé des populations dans les CLSC de RouynNoranda, de Senneterre et de Matagami sont
essentiellement liés aux activités minières (Berthiaume, 1988).
La contamination des enfants au plomb est une problématique connue et documentée,
particulièrement dans les villes d'affinage du cuivre. Au début des années 1990, une
étude effectuée par le Département de santé communautaire (DSC) de RouynNoranda a
démontré une baisse du taux de plomb dans l'organisme des enfants, à la suite de
l'installation d'épurateurs aux cheminées de l'affinerie de cuivre de Minéraux Noranda.
En effet, les teneurs en plomb enregistrées en 1979 s'élevaient à 1,01 µmol/l, puis
elles ont passé successivement de 0,48 µmol/l en 1989 à 0,35 µmol/l en 1991. A des
concentrations entre 0,5 et 0,7 µmol/l, le plomb affecte le développement
neuropsychologique chez les jeunes enfants (Gouvernement du Québec, 1992).
À Murdochville, la Direction régionale de la santé publique
Gaspésie/IlesdelaMadeleine en collaboration avec le Centre de santé des HautsBois
font un suivi des taux de plomb sanguin chez les enfants âgés de 3 ans depuis 1993
(Chagnon, 1995). Ce programme de surveillance a permis de constater que les plombémies
chez les enfants diminuent au cours des ans. En effet, suite à des prélèvements
sanguins, la plombémie moyenne géométrique était de 0,38 µmol/l en 1990 et de 0,34
µmol/l en 1994. En fait, en 1994, 70% des enfants âgés de 3 ans avaient une plombémie
inférieure à 0,5 µmol/l.
Au début des années 1990, une autre étude du DSC de RouynNoranda, à Duparquet
cette foisci, a permis de constater que l'urine des enfants avaient des concentrations
élevées d'arsenic comparativement à celle d'un groupe d'enfants témoins vivant dans
une autre ville. Ce produit chimique a pour origine les dépôts de trioxyde d'arsenic
abandonnés lors de la fermeture d'une mine d'or en 1957 à environ 500 mètres du
village. Cette situation n'a pas été jugée critique en comparaison des teneurs
observées dans certaines villes américaines fortement contaminées par des raffineries
de cuivre. Selon le DSC, les risques pour la santé publique à Duparquet diminuent
(Gouvernement du Québec, 1992). Mentionnons que l'arsenic est cancérigène chez l'être
humain (Centre international de la recherche sur le cancer, 1987). En effet, des études
réalisées au Japon et à Taïwan ont démontré que la consommation d'eau potable
contaminée par l'arsenic accroît le nombre de plusieurs types de cancers, notamment du
poumon, du foie, de la vessie, de l'utérus, du rein et du colon (Tsuda et al., 1995).
Un des risques potentiels dus aux activités minières est la contamination des sources
d'eau potable. En AbitibiTémiscamingue, il ne semble pas que ces activités aient des
impacts importants sur les sources d'eau potable, au point de causer des problèmes pour
la santé publique (Gagné, 1995 Comm. pers.).
La perturbation de territoires naturels due à l'exploitation minière affecte
inévitablement des activités récréatives par la dégradation de la qualité et
l'esthétique des lieux ainsi que de la quiétude sonore en raison du bruit et des
secousses sismiques (Gouvernement du Québec, 1992).
L'industrie minière québécoise s'avère le pilier économique dans plusieurs
régions en produisant environ une trentaine de minéraux, dont l'or, le cuivre, le zinc,
le fer et les scories de titane, pour une valeur annuelle de 2,9 milliards de dollars en
1990 (Association minière du Québec, 1991) et de 2,6 milliards de dollars en 1992
(Association minière du Québec, 1993a), ce qui représente le cinquième de la
production canadienne. En 1992, cette industrie employait 18 500 personnesannées
générant une masse salariale de 900 millions de dollars (Association minière du
Québec, 1993a). Néanmoins, la crise économique mondiale et la baisse des prix des
métaux font en sorte que les industries minières doivent redéfinir leurs coûts
d'opération, diminuer leur production et par le fait même la maind'oeuvre, voire
cesser leurs activités (Association minière du Québec, 1993a). Une récente reprise
économique pourrait modifier cette tendance.
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