La faune du Québec

Le Ouaouaron

Grenouille taureau - Bullfrog (Rana catesbeiana)
Classification
  • Classe: amphibiens

  • Ordre: anoures (grenouilles, crapauds, rainettes)

  • Famille: ranidés (grenouilles)

Description physique

Le Ouaouaron est la plus grosse grenouille de l'Amérique du Nord. La longueur totale du mâle atteint en moyenne entre 8,5 et 18,0 cm, celle de la femelle, 8,9 à 18,4 cm, et celle du jeune, entre 4,2 et 5,9 cm. Le têtard peut mesurer jusqu'à 16,5 cm de long, incluant une queue d'environ 9,7 cm.

L'adulte est dépourvu de queue, la tête est large et aplatie, sans cou apparent. Un repli cutané partant de l'oeil contourne dorsalement le tympan et se termine à la base des pattes antérieures. Les membres postérieurs sont palmés et plus longs que ceux antérieurs. Le deuxième orteil dépasse d'ailleurs légèrement la membrane interdigitale.

La peau plutôt lisse et humide du Ouaouaron apparaît olive ou vert-brunâtre sur le dos, et couleur crème souvent tachetée de gris sur le ventre. Chez le mâle adulte, la gorge est jaune, et la membrane tympanique, plus grande que chez la femelle.

Habitat et alimentation Au Canada, le Ouaouaron se retrouve en Nouvelle-Écosse et dans le sud du Nouveau-Brunswick, du Québec (jusqu'à la hauteur du Lac Saint-Jean) et de l'Ontario. Il a aussi été introduit avec succès dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique. Le Ouaouaron fréquente les rives des lacs et des baies de rivières, de même que les étangs permanents de grande dimension. Au stade de têtard, il se nourrit de détritus végétaux et animaux. Devenu jeune Ouaouaron, il mange des insectes de toutes sortes, des écrevisses, des mollusques, des têtards et des petits poissons. Son régime d'adulte se compose surtout de grenouilles, de têtards, de petits poissons et d'écrevisses. Exceptionnellement, il peut aussi comporter une souris ou une couleuvre.
Reproduction
  • Période d'accouplement: juin et juillet

  • Nombre de pontes par année: 1

  • Nombre d'oeufs par ponte: 3 000 à 24 000

  • Délai avant l'éclosion: 4 ou 5 jours

En juin ou en juillet, au moment où elle devient sexuellement réceptive, la femelle choisit son partenaire. À peine a-t-elle alors à établir un premier contact physique qu'aussitôt l'élu la saisit dorsalement à la hauteur des aisselles. Ainsi, au fur et à mesure que la femelle pond ses oeufs, le mâle les fertilise. Une fois la fertilisation complétée, le mâle se montre disponible pour les autres femelles.

Il faut quelques heures tout au plus pour que la femelle ponde, selon sa taille, de 3 000 à 24 000 oeufs ronds et transparents, piqués d'un point noir. Laissés à eux-mêmes, ceux-ci s'agglutinent en masses gélatineuses aux végétaux émergents du cours d'eau où a eu lieu la ponte. L'éclosion des oeufs se produit 4 ou 5 jours plus tard. Le développement larvaire nécessite, quant à lui, 2 à 3 saisons de croissance avant de donner des Ouaouarons matures.

Moeurs

Le Ouaouaron est polygame. Aussi, vers la fin de mai, les mâles dominants deviennent très territoriaux. S'imposant par leurs mimiques agressives et des sons hocquetés, ils n'acceptent autour d'eux que ceux qui adoptent une attitude de soumission. Même la femelle qui s'approche des attroupements de mâles coassant en choeur doit garder la tête très près de la surface de l'eau, lors de ses visites de reconnaissance précédant l'accouplement.

En temps ordinaire, le Ouaouaron se préoccupe très peu de ses semblables. Pire: à tout âge de sa vie, surtout si le nombre de proies est faible dans son milieu, il n'hésite pas à pratiquer le cannibalisme.

Grâce à la force de ses longs membres postérieurs palmés, le Ouaouaron peut parcourir de bonnes distances, tant sur la terre ferme que dans l'eau. Ses bonds peuvent atteindre 1,2 m. Toutefois, à moins d'y être contraint, il s'aventure rarement très loin des rives où il est né. Au besoin, ses déplacements terrestres ont lieu surtout à partir du crépuscule, pendant ou immédiatement après une pluie abondante.

Dès la fin de septembre, le Ouaouaron se réfugie dans la vase ou sous des dépôts de végétation, sous l'eau. Débute alors pour lui une longue période d'hibernation qui ne prend fin qu'avec le retour de la chaleur, en mai. Pendant tout ce temps, cette grosse grenouille connaît un état de torpeur très avancé. Les têtards semblent moins paralysés, de sorte qu'occasionnellement on peut les voir remonter près de la surface, sous la glace.

Le Ouaouaron vit en moyenne de 8 à 9 ans. Mais, outre l'homme, nombreux sont les prédateurs auxquels il doit échapper à un moment ou l'autre de sa vie. Insectes, Ouaouaron, achigan, brochet, canards, couleuvre d'eau, mouffette, Raton laveur, rat, héron, busard, corneille, Chélydre serpentine et sangsues comptent parmi ses principaux ennemis.

Statut de l'espèce Le Ouaouaron est commun au Québec. Mais ses populations comptent beaucoup moins d'individus que d'autres espèces de grenouilles. Du 15 juillet au 15 novembre, il est toutefois permis de le chasser (pour des fins scientifiques ou culinaires) dans la plupart des zones, à condition de s'être d'abord prémuni d'un permis du ministère de l'Environnement et de la Faune auprès du réseau de vente habituel.
Pour plus de chances d'observation En juin, si vous entendez, en provenance d'un étang ou d'un lac, de puissants et profonds "or-woum", sachez que vous avez de bonnes chances d'y faire d'intéressantes observations puisque ces genres de beuglements sont les appels des Ouaouarons mâles visant à orienter les déplacements des femelles aptes à se reproduire.
Références utilisées

Bruneau, M., Bio-écologie des ouaouarons têtards et adultes dans la région de la station de biologie de Saint-Hippolyte (cté de Terrebonne, Qué.), Mémoire de maîtrise, Université de Montréal, 1975.

Cook, F.R., Introduction aux amphibiens et reptiles du Canada, Musées nationaux du Canada, Ottawa, 1984.

Emlen, S. T., Territoriality in the bullfrog, Rana catesbeiana, Copeia 1968: 240-243.

Leclair, R. Jr., Les amphibiens du Québec: biologie des espèces et problématique de conservation des habitats, Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche du Québec, 1985.

Mélançon, C., Inconnus et méconnus (Amphibiens et reptiles de la province de Québec), 2e édition, Société zoologique de Québec inc., Orsainville, 1961.


Cette fiche a été rédigée par le Musée canadien de la Nature pour l'ÉcoRoute de l'information